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L’église des Dominicains de Clermont l’Hérault est un édifice gothique construit au XIV° siècle à proximité de l’église Saint Paul, église paroissiale de la ville. L’église des Dominicains est désacralisée et est devenue municipale et accueille différentes manifestations.

La chapelle est constituée d’une nef unique et d’un chevet polygonal. Elle mesure 56 mètres de long. Elle a un plan basilical. Elle n’a pas de transept et compte 6 travées.  Elle est plus longue que l’église Saint Paul. Les travaux débutèrent le 17 avril 1321.1356 : l’abside et 4 travées sont achevées.Fin 14° début 15° : construction des chapelles nord.1527 : messe le 21 décembre en l’honneur des « Etats du Languedoc ».1561 : Couvent des Dominicains.1674 : église des Pénitents Blancs.1808 : Eglise des Pénitents bleus. Elle est réparée en 1907 et 1944. En 1970 ; réfection de la toiture . Jusqu’à 1990, les ateliers municipaux se situaient dans la chapelle. En 1991 un projet de réhabilitation est fait pour que la chapelle devienne une salle d’exposition. Ce sera le cas en 1996. Depuis elle accueille concerts, expos…

Petite histoire

Les découvreurs de cet édifice religieux sont impressionnés par ce bel ensemble majestueux et par son ampleur, leur étonnement s’accentue quand ils constatent sa proximité avec l’église Saint Paul.

La fondation de ce couvent de l’Ordre des Dominicains (Frères Prêcheurs) a été inspirée par l’Evêque de Lodève, Jacques de Concos (dominicain lui-même). Elle est décidée le 17 Avril 1321 mais quatre jours après la fondation sa construction débute. Pourquoi cette hâte ?

Les préparatifs étaient fortement avancés, BERANGER VI de Guilhem, Baron de Clermont, avait déjà offert le terrain sur lequel s’éleva l’église, le couvent et ses importantes dépendances, soit la totalité des terres longeant le Rhônel qui permirent l’aménagement d’un jardin, d’un verger, et d’un moulin à Huile. Des dons financiers impor­tants furent aussi offerts par Arnaud de Lauzières (1).Cette générosité clermontaise pour permettre l’édifica­tion d’une église conventuelle aux dimensions majes­tueuses à peine une centaine de mètres de l’Église St-Paul, en construction, depuis quarante six années en 1275 avait elle seulement une motivation religieuse ? N’était ce pas une volonté manifeste de contrecarrer cette autre réalisation ? N’y aurait-il pas un «secret désir» d’une concurrence d’influence religieuse ?Poser la question, énoncer des antagonismes, découvrir des aspects concurrentiels n’est ce pas aussi répondre aux questions que se posent bien des Clermontais et parfois des visiteurs de nos deux beaux chefs-d’œuvre gothiques que nous envieraient  bien des grandes villes ?

Antagonisme Baronnie-Commune :

La Commune était régie en forte partie par les Consuls élus par des électeurs clermontais. Ils votaient d’ailleurs à l’intérieur de l’Eglise ST-PAUL. Elle était, à ce moment-là, en plein conflit avec les Barons de Clermont qui utili­saient tous les prétextes religieux pour faire supprimer leurs droits juridiques ou civiques par l’autorité royale. Nous ignorons la date de la première franchise communa­le, probablement vers 1188, date à laquelle ces droits furent octroyés aux Lodèvois. En 1242 ces droits furent supprimés. Malheureusement leurs ressources financières n’étaient pas suffisantes pour accélérer la construction qui ne s’acheva qu’en 1441, soit 57 ans après l’Eglise St-Dominique ! Pendant ces 166 années la Communauté Clermontaise avait subi beaucoup d’heurs et de malheurs, le 31 Octobre 1275 la Communauté retrouvait sur intervention royale, une partie de ses droits communaux perdus en 1242, à la suite d’un soulèvement général où, aidés des trois propres frères du baron ils tentèrent de le renverser. En 1249, sur intervention de Saint Louis, certains droits furent rendus à la Commune. Et ce n’est que le 31 Octobre 1275 que moyennant du paiement de 20.000 sols on put réélire des Consuls (renouvelables tous les ans). C’est alors que la communauté clermontaise décide d’agrandir l’église St Paul pour réunir les 3 paroisses St-Paul, St-Etienne de Gorjan (Hôpital) et St-Etienne de Rougas. En 1304 perte à nouveau des droits consulaires, rétablissement en 1315, nouvelle perte en 1317. Il fallut attendre la célèbre transaction du 13 Avril 1341 (soit VINGT ans après le début de la construction de St-Dominique) pour que Clermont les retrouve définitive­ment. C’est donc en pleine période litigieuse Baronnie-Commune que l’on décide la construction de l’église St-Dominique et son couvent. L’importance de cet édifice ne pouvait se justifier que par un désir de supplanter celle de ST-PAUL. Cette concurrence manifeste, en dehors de l’extrême proximité des deux édifices, devient aveuglante lorsque l’on découvre que la longueur des deux églises : ST-PAUL/ST-DOMINIQUE, Longueur totale 47,75m/50,46m soit 2.75m de plus que St-Paul (Cathédrale LODEVE : 51m). On peut en déduire que les mécènes du couvent St-Dominique, adversaires déclarés de la Commune de Clermont souhaitaient voir des paroissiens Clermontais participer au culte des prêtres Dominicains, soit par la proximité des habitants de la «COSTELLARIE» (et non coutellerie comme ce fut mal traduit en lieu de coteau) et des paroissiens des faubourgs environnants (Gorjan, Fouscaïs, La Madeleine, St-Martin, St-Barthélemy, Rougas). Ce ne fut pas le cas, car les fidèles à St-Paul étaient dans leur très forte majorité des « supporters » de la Commune et ne se résignaient à aller à St-Dominique qu’en cas de réparations dans leur paroisse.Cet attachement n’empêchait nullement d’excellents rapports avec les Moines Dominicains. Ces derniers firent cause commune en 1360 avec ST-Paul pour repous­ser les «routiers» qui ravageaient les campagnes, fortifiant également leur construction pour abriter leurs concitoyens et creusant des fossés défensifs. Ils avaient une vie contemplative intense, se consacrant à l’apostolat exté­rieur.

1560/1593 – La révolte huguenote fut intense. Clermont subissant des assauts destructeurs, le Couvent des Bénédictines (Hôpital) fut détruit, le couvent des Dominicains incendié, toutes les chapelles champêtres démolies et ST-PAUL bombardé. Durant cette longue période, les diverses factions furent tour à tour victo­rieuses ou défaites.

A noter sur le plan religieux qu’en 1497 la réforme Dominicaine préconisée par le P.Michaêlis fut expérimen­tée à Clermont et qu’elle prit le nom de «Réforme Clermontaise». Il fallut la révolution de 1789 pour venir à bout de cette présence dominicaine à CLERMONT de LODEVE

LES PENITENTS

Clermont avait deux communautés Pénitentes : les Pénitents Gris crées en 1757, chapelle sur l’aile gauche de l’ancien cloître adossé au midi de l’Eglise, les Pénitents blancs créés en 1753 avaient leur chapelle sur le coté droit. En 1808 réouverture de l’Eglise des Dominicains, Les Pénitents bleus s’y établissent. (A.Durand/ann/P55)

1809 – Les murs et piliers du midi de St-Paul paraissent céder. Les offices ont lieu à St-Dominique jusqu’en 1812

1840 – Incendie dans l’Église des pénitents qui détruit les boiseries et un grand tableau du chœur (A.D P62).

Notes

(I) Le prénom est parfois Anglézian, il était issu d’une importante famille fran­çaise originaire de Lauzières (OCJON), plus ou moins apparenté aux Gui/hem de Clermont (un Hôtel des Lauzières existe à Clermont Rue Louis Blanc). Ce même personnage offrit aux Bénédictines en 1350, peu d’années après Si-Dominique, l’ancienne église de la Paroisse Ste-Stéphanie de Gorgado (dérivés Gourjo, Gorj’anj et les terrains attenants pour y fonder un couvent pour 8 Religieuses et 2 servantes. Isabeau de Guilhem de Mourèze, nièce du fondateur fut désignée comme Abbesse en 1356.

Ces dons durent être importants puisque sur la clé de voûte de la sacristie sont sculptées les armoiries de sa famille, un chêne vert Cette sacristie se trou­ve au bas de la tour accessible par la cour du lycée.

Documentation et sources : L’Ordre des Frères prêcheurs Dominicains de Clermont (François BONNERY), Diocèse Languedocien (Jean MERCADIER), L’Eglise ST-PAUL (PaulTAURAND), Régime Municipal X/ll° et XIV0 (Paul BARRALj, GULHEM et Seigneurs de Clermont (Ernest MARTIN), Histoire de Clermont et annales de l’Abbé DURAND, Diocèse de Lodève (Emile APPOLIS) Avec l’aimable autorisation de Blaise Gallego

Vue actuelle de la nef
Vue intérieure du couvent des Dominicains et de son église, aujourd’hui un lycée général

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