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LES ARTISTES ET METIERS AMBULANTS

A Clermont nous avions un couple très pittoresque qui parcourrait les rues et placettes pour vendre les textes et musique des nouvelles chansons, leur spécialité étaient celles relatant les drames d’actualité, c’est ainsi que nous connaissions celui de Violette Nozière (Violette Nozière, assassin, fille de rien, qui a tué son père) chantant des drames de petits noyés, elle prononçait les «pipis noyés » ce qui déclenchait les rires de l’assistance au grand dam d’Augusta qui les invectivait reprochant leur manque de sensibilité devant ce malheur, puis sur Landru, la Bande à Bonnot, sans oublier «Les roses blanches» de Berthe Sielva. C’était Augusta, la soeur, qui chantait accompagnée à l’accordéon par son frère, ce dernier nous intriguait car amputé des deux jambes il avait comme prothèses des pilons en bois. Nous avions parfois des saltimbanques, montreur d’ours, danseurs, acrobates, qui récoltaient les piécettes, aussi les petits cirques, mais parfois sur la place de la Gare les grands cirques «Amar, Bouglione, Pinder…» qui nous présentaient en «clou de la soirée» Buffalo Bill, Ladoumègue… qui venait d’être disqualifié…


Il y avait aussi les petits métiers, marchand de glaces, de bonbons, de gâteaux, tel celle que l’on surnommait «La molesse» qui fabriquait des coques (petite brioche) ou des flaùoussounas, pâtisserie réputées Clermontaises confectionnées avec oeuf, farine, Fleur d’oranger, sucre, beurre et citron, on lui chantonnait : «  Il va doucement le mulet de la molesse, Il va doucement sur la route de Nébian ».Plus tard elle encaissait les chaises à l’Eglise, car autrefois, les chaises étaient à la disposition des pratiquants qui la prenait en entrant, payant sa location pour la cérémonie, ensuite on laissait les chaises en place, mais au moment de la quête, trois quêteurs passaient, un pour le service de l’Eglise, l’autre pour l’Ecole libre, et l’autre pour la chaise, ne payaient pas la chaise ceux qui avaient un Prie-Dieu à leur nom qu’ils réglaient annuellement.

Il y avait la marchande d’anis en petite fiole, ce qui permettait de faire l’absinthe et plus tard le pastis (dit maison) ; il nous est difficile de dénombrer combien d’autres occupations diverses, tel «Jacquétou» qui charriait de l’eau de la Fontaine pour le cafetier, Thérèse qui balayait, mais aussi les loteries très particulières, tel Fraissinnet qui lotait un lièvre, une langouste, ou autre et vivait de cet expédient, à ce sujet il serait injuste de ne pas signaler la personne qui un jour désargentée fit loter son âne, les clients intrigués de voir qu’il avait toujours son âne lui dirent «cal es qu’a gagnat toun ase? Figura té que ma fénna o pris un billet, éacos ella que o gagnat» Qui est-ce qui a gagné ton âne ? Figures toi que ma femme a pris un billet et c’est elle qui a gagné! Il disait aussi «Pode passa la testa nauta perto ut, digus me déu pas res» Je peux passer partout la tête haute, personne ne me doit rien.
Réponse du Clermontais dupé : expression devenue proverbiale «Mas coulhounat quand t’ay vist» Tu m’a couillonné quand je t’ai vu.

LES HISTORIETTES

Anecdotes de l’ancien théâtre

Le Champagne de Pierre BRASSEUR.

En 1941 on y joua la pièce de Marcel ACHARD «DOMINO» avec Pierre BRASSEUR et Odette JOYEUX, cette affiche exceptionnelle n’était pas rarissime car les Artistes Français, venaient se produire en Zone Libre, et c’est ainsi qu’a CLERMONT, on voyait un nombre impressionnant de comédiens de grande notoriété. Comme d’habitude un groupe de jeunes Clermontais, avaient pu assister aux deux derniers actes de la pièce, car très «impécunieux» ils ne pouvaient entrer qu’au premier entracte avec des cartes procurées «subrepticement» par un camarade athlétique qui avait grimpé par la façade pour pénétrer par la fenêtre du 1er étage, heureusement entrouverte par un ami, en l’absence du préposé qui assistait au spectacle.

Le groupe se retrouvait après la représentation à la sortie des Artistes, rue Molière, pour obtenir des autographes, ils y trouvèrent un Clermontais, Pierre BAUCLAIR, précédemment Assistant Metteur en Scène, qui venait retrouver son ami Pierre BRAS­SEUR.

Avec l’inconscience de leur jeunesse (16/17 ans) ils se collèrent aux deux amis et cheminèrent jusqu’à la porte du Théâtre, c’est alors que Pierre BRASSEUR découvrant que le Café Glacier, en face, était ouvert dit à Pierre BAUCLAIR «on va boire un coup?» mais s’adressant aussi aux quatre ou cinq jeunots, qu’ils invitent à venir avec eux. En entrant dans le Café, et s’adressant au patron Mr DALBIS, avec le grand geste qui lui était très particulier, s’écrie «du Champagne pour tout le monde !» et c’est ainsi que le signataire et ses amis goûtèrent pour la première fois ce délicieux breuvage. Il faut signaler qu’a CLERMONT lorsqu’on demandait un Champagne, c’était un mélange de Vm Blanc avec de la limonade, boisson très appréciée par le «Vulgum Pécus» (Commun des mortels).

Le Resquilleur dépendu.

Un soir le préposé aux subtilisations des cartes d’entracte étant absent, un des jeunes présents fut désigné pour grimper au 1er étage du Théâtre, mais lorsqu’il fut accroché au lampadaire il n’eut pas la force de faire un rétablissement et en s’agitant il brisa la vitre qui dominait la porte d’entrée latérale. Ce jour là c’était une pièce dramatique qui s’y jouait et toute la salle entendit ce bruit de verres cassés. Aussitôt l’agent de ville de service descendit du «Pigeonnier» (1) où il assis­tait à la représentation, arriva devant la porte et vit le jeune garçon, gigotant et n’osant pas sauter. Il le dépendit et le malheureux s’en tira avec un blâme. Il faut dire que tous les jeunes s’étaient égaillés comme une compagnie de perdreaux.

(\) Le Pigeonnier était le troisième étage composé de gradins en bois, non numérotés. Il faut signaler que l’agent en faction n’était nullement étonné de voir son domaine copieusement garni après l’entracte. Il connaissait probablement la coutume ancestrate et il laissait faire.

Ah, mince alors

Une autre fois un jeune garçon, assez mince il faut le dire, s’intro­duisit par le guichet d’où Mr BALDY, dit Eimbe, délivrait les billets, mais le pauvre resquilleur trouva la cabine fermée, ne pût pénétrer dans la salle et dut attendre qu’on le délivra en tapant, toute honte bue, sur la porte.

Une histoire d’autographe 

C’était dans cette année 1941, nous étions en zone libre et nombreux étaient les Français, Belges, Luxembourgeois, qui s’y étaient réfugiés ( à Clermont  2000 réfugiés, dans tous le canton 3500) mais les artistes, comédiens, metteurs en scène,…. y venaient également, c’est ainsi que vinrent des grandes vedettes  jouer, chanter dans le magnifique Théâtre Clermontais. C’est ainsi qu’un soir une troupe de variétés dans laquelle jouaient, Marguerite MORENO, Jean NOHAIN ‘dit Jaboune, son frère Claude DAUPHIN, Rosine DEREAN, Lucien PARIS, Paul CAMBO, Le groupe des jeunes impécunieux  attendaient, comme d’habitude l’entracte pour se faufiler  dans la salle ou plutôt grimper au dernier étage dit le Poulailler, deux d’entre eux s’éloignèrent pour s’en aller dans la Rue MOLIERE entrevoir des artistes célèbres  en chair et en os .Le bruit qu’ils firent, en s’appuyant sur la porte ,les yeux braqués sur les interstices , attira Lucien PARIS qui vint leur demander ce qu’ils voulaient, ils dirent « des autographes »,avec une bienveillance étonnante, il les amena dans la loge de Jean Nohain qui leur signa leur papier et à la grande surprise les présenta à tous les artistes. Il demanda « mais pourquoi n’entrez vous  pas au Théâtre ? » , ils répondirent «  nous ne pouvons pas payer notre place ». Alors il les prit par la main passa par l’escalier des artistes, dit à l’agent de services interloqué Mr NICOLAS, « laissez les entrer » et c’est ainsi que pour la première fois ils purent assister à tout le spectacle , qui bien entendu les émerveilla. 

Autres historiettes…

Le Voyant aveuglé.

Tous les soirs il allait passer sa soirée au Café Glacier voir les joueurs de manille ou de belote, tous les soirs inévitablement ses yeux se fer­maient et il s’endormait du sommeil du juste. Un sou » tous s’entendirent pour lui jouer un tour, lorsqu’il fut plongé dans la béatitude d’un sommeil réparateur, ils éteignirent toutes les lumières, fermèrent les volets et continuèrent à deviser comme s’ils jouaient. Le dormeur s’éveille, entend les voix et s’écrie «je suis devenu aveugle !» On alluma les lumières et tous s’ébaudirent de conserve et l’aveuglé se réjouit de voir.

Un drôle de guérisseur.

Un de ces drôles de «loustic» comme l’on disait, fit paraître sur le journal une annonce «Guérison des nez rouges, envoyez à cette adres­se…, une enveloppe timbrée à votre nom ainsi que 4 timbres de 50 cts». Les réponses affluèrent et tous reçurent le message suivant «Votre nez est trop rouge et cela vous déplaît, buvez donc un peu plus et il deviendra violet!».

Le 14 Juillet avant la guerre de 14/18 (Souvenirs de Paméla Besson née Abes).

Le 13 on faisait le tour de ville, en tête le Commissaire de Police avec écharpe tricolore. BERTRAND, dit Pinceau, Portait le drapeau, on lui chantait «c’est Mr Pinceau qui porte le drapeau». A 5h du soir (comme on disait accompagnement au tambour, on pro­clamait la république). A 8h du soir, grand feu de joie, avec sarments, on y jetait les flam­beaux, et les lanternes qui avaient suivi la farandole. Les musiques « l’Indépendante », le Réveil Clermontais, jouaient la Marseillaise. Le 14 Juillet, le matin, jeux traditionnels au Planol, l’après-midi, course de bicyclettes (les champions Clermontais, COUTURIER et SABATIER). A ce propos on peut signaler les 14 Juillet à Brignac, les Brignacols, assez royalistes fêtait la Saint Henri le 13, et la république le 14 pour obéir aux obligations nationales.

Les deux soeurs

 A Clermont vivaient deux soeurs célibataires  sous le même toit et qui ne s’adressaient jamais la parole. Elles se prénommaient Olympe et Euphrasie , toutes deux étaient célibataires mais  malheureusement elles tombèrent amoureuses du même garçon , ce dernier manifestement exprima sa préférence pour la plus jeune, mais la plus âgée ne voulut pas se résigner à ce sacrifice et interdit à sa sœur de se marier.  C’est ainsi que débuta un soliloque qui dura longtemps, longtemps, jusqu’au départ vers la vie éternelle de l’une d’elle, mais bien trop tard  pour retrouver celui qui sans le vouloir  avait bâti ce mur de silence.Nous avons appris par ailleurs que leur frère, militaire pendant a guerre de 14/18, écrivit à sa sœur aînée pour lui demander la permission d’épouser sa dulcinée (c’était probablement une curieuse coutume ancestrale)  mais la permission lui fut également refusée car la sœur aînée se considérait nantie d’une autorité tutélaire  à laquelle  nul ne pouvait déroger.

Histoires de distraits

Un vigneron « aisé » s’en va avec sa calèche chercher à la gare le journal de midi (il y avait deux arrivées de journaux différents par jour, un le matin, le local, l’autre le parisien l’après-midi) Il revient à pied ayant oublié la calèche et le cheval, imaginez les moqueries de ses proches !.

Juste avant la guerre, un commerçants s’en va en voiture à Montpellier, il gare sa voiture derrière le théâtre et rentra à Clermont en Autobus en ayant oublié sa voiture a Montpellier. Rentrant chez lui, son épouse le voyant arriver sans son véhicule lui cria:  » Tu as eu un accident ? ». Il du repartir en autobus à Montpellier et ramener sa voiture !!

Le mariage de Philomène :

C’est une histoire  authentique, contée par un témoin de l’époque .Dans les années 1910,  Mr. Jules BALESTIER, Maire de Clermont ( depuis 1908),  sa belle prestance son affabilité avaient séduit  une gentille vieille fille « Philoméne »  qui encouragée par la gentillesse du Premier magistrat  croyait dans ce monde très particulier où vivent ceux que l’on surnommait les « innocents » ,qu’elle  avait fait une touche. Elle s’en vantait ingénument aux uns et aux autres, certains l’encouragèrent dans cette voie, et c’est ainsi qu’elle apportait fréquemment au Maire des bouquets de fleurs  qui les acceptaient avec la courtoisie qui le caractérisait. Certains  facétieux  organisèrent une farce pour abuser encore plus Philomène, en lui disant que Mr Jules BALESTIER était d’accord pour la marier. Mais suite à son approbation immédiate ils organisèrent  réellement une cérémonie. Tout le haut Clermontais s’affaira, les uns l’habillèrent, en robe blanche évidemment, fleurs, bouquets, musiques, invités costumés  vinrent le jour de la cérémonie faire un véritable cortège nuptial ,mais après la fermeture de l’Hôtel de Ville, rouvert  clandestinement par le précon ( tambour de ville) qui y logeait.Parti du modeste logis de la « fiancée » au Pioch  tout un cortège s’ébranla  aussitôt entouré de tous les gamins  tout heureux de ce défilé, sous les acclamations des voisins et au son d’une musique  tonitruante , les voilà parvenus devant la mairie, le précon avait ouvert la porte, ils montèrent tous au Ier étage, et Philomène  du haut du balcon salua la foule enthousiaste qui l’acclamèrent dans des vivats assourdissants , Etait-elle consciente  qu’il s’agissait d’une mascarade ? nul ne le sait mais enfin PHILOMÈNE éclatait de joie, quelle liesse, quelle ébauche d’un paradis  qui attend bien de ceux nés « simples » candides, naïfs , et bien entendu « innocents » .Elle, souriante, heureuse, radieuse envoyait des fleurs et des baisers, elle savourait son bonheur intérieurement dans ce monde inconnu des « biens pensants » où ils, ou plutôt nous ,ne pouvons le découvrir ni le soupçonner. ce monde  mystérieux qui les fait ignorer  les lazzis, les sourires ironiques , les mépris, les sarcasmes ,ils  y trouvent leur sérénité ,leur aménité, dans une candeur que l’on voudrait bien imiter.Ce mariage pour elle n’était pas raté, elle avait été  enfin « considérée » c’était son jour de gloire .son jour de bonheur. En 1915 quand décéda Mr Jules BALESTIER, on ne lui permit pas d’aller se recueillir sur son lit de mort, dans sa maison Bd Gambetta ,elle avait apporté un bouquet de violettes , alors elle l’ accrocha au tympan de la porte et s’en alla  le cœur gros rejoindre son domaine, celui que nul de nous ne peut entrevoir ni soupçonner.

 Maire d’un jour

 Un de nos concitoyens surnommé BEAUCAIRE ,l’a été réellement. Il était coiffeur pour hommes dans la Rue Voltaire, c’était avant la guerre de 1914, le rasoir mécanique n’existait pas, encore moins  l’électrique,. Ceux qui craignaient l’utilisation du rasoir à lame, ou plutôt ceux qui désiraient être rasé de près, allaient chez le coiffeur se faire raser, tous les jours pour les aisés, deux ou une fois par semaine. Le coiffeur, comme chez les forgerons étaient un lieu de parlottes , de palabres très prisées et le coiffeur se devait d’être disert à fin de faire attendre patiemment les clients .

 Notre  BEAUCAIRE lui l’était vraiment  et certains ironiquement  le lançaient sur les problèmes locaux , il était alors intarissable, se lançant dans des digressions, des critiques , des suggestions parfois abracadabrantes, faisant le délice des auditeurs.

 Un  client en particulier avait  le chic  pour le pousser dans ses élucubrations. Un jour avec  2 ou 3 compères  ils lui dirent mais « pourquoi ne te présentes tu pas comme Maire ? Il rétorqua « mais je ne saurais pas parler sur une estrade » qu’a cela ne tienne , lui répondit un enseignant, je t’écrirais tes discours .Aussitôt dit, aussitôt fait  et le voila  un peu plus tard juché sur l’estrade ( voisine) de la salle du Café Clermontais,  ou se tenait les réunions publiques, soigneusement BEAUCAIRE lisait son programme hilarant pour tous sauf pour lui-même qui  débitait des phrases biscornues qui ravissaient les nombreux auditeurs. Voici  d’ailleurs quelques extraits :

  «  Si Clermont a autant du vent  du Nord « (lou tarral) c’est à cause qu’il s’engouffre dans le Col de Gajo, je le ferais combler pour qu’il ne vienne plus geler les Clermontais «  « D’abord je dénouerai en un tour de main les crises les plus violentes, les crises de reproduction, d’éclairage, de consommation, d’hystérie, ou de natalité ; Je vous donnerais la lètricité, objet le plus caressé de vos rêves incandescents ,Je ferais construire un funiculaire sur la Ramasse, pour les touristes et pour les ramasseurs d’olives.

Je vous donnerais  du lait pour vos enfants de vache , pas de chèvre ! et  pour cela, j’installerai une vacherie municipale, car citoyens ce ne sont pas les vaches qui manquent mais la bonne volonté. Je distribuerai du tabac à volonté pour les hommes, du sucre pour les femmes, à bon  marché .           

Je rétablirais la divine absinthe nectar des dieux, consolatrice des hommes, substantrice des aliénistes et pourvoyeuse d’hôpitaux. J’édifierai dans  nos principales artères des Vespasiennes d’un système perfectionné et »lous  roubinetchs  ouverts, ils seront fermés à jamais pour le plus grand bien de l’hygiène. Enfin je voudrais que tout le peuple de CLERMONT, qui peine toute l’année mette une fois par semaine sa poule au pot,  ainsi que le voulait Henri Cinq…….. Je me présente à vous, chargé de mon inénarrable programme. IL se résume en quelques lignes « éclosion d’un soleil nouveau dans l’azur toujours pur du ciel Clermontais, l’heure des décisions définitives vient de sonner  à l’horloge de la conscience publique. »

Les élections se déroulèrent au mode préférentiel, avec l’autorisation de choisir des membres d’une autre liste .Les électeurs  furent très nombreux  à inscrire le nom de BEAUCAIRE, qui fut désigné conformément à la loi comme MAIRE, branle-bas dans le bureau de vote  comment sortir de cet imbroglio ?, on téléphona au Sous-préfet à Lodève qui aussitôt  vint en calèche ,mais il fallut beaucoup argumenter car BEAUCAIRE  résistait, tenait ferme à être le MAIRE, mais devant l’insistance de »ses propres « amis » il se résigna ,la mort dans l’âme, il avait pourtant vécu lui aussi un rêve d’un jour.

Texte partiel repris par Gaston COMBARNOUS en 1920 sur ARTISTIC-CLUB 

(1)l’électricité a bien tardé à Clermont car la ville possédait une usine à gaz d’éclairage et l’on ne voulait pas la ruiner ! c’est ainsi que  le monopole se maintint jusqu’en 1920

(2)L’absinthe, le pastis de l’époque venait d’être interdit pour raisons médicales ,il continua, mais clandestinement, c’est ainsi qu’a Clermont lorsque l’on commandait une tisane, c’était un verre de Coco(réglisse) un champagne c’était un verre de vin blanc avec de la limonade ,une verte (l’absinthe) 

«3)  Les robinets n’étaient ouverts qu’a certaines heures. La rareté des toilettes personnelles multipliaient   les« cabinets publics avec des vidoirs pour les pots de chambres que l’on ne pouvait vider qu’a certaines heures, le soir à 9h en hiver et 10 h en été   , parfois sans toilettes, certains communiquaient directement avec le lit du Rhônel ; Certains  « malotrus » n’attendaient pas 18h pour évacuer dans le Rhônel, ce qui amenait des cris de »salaud »Proférés par les personnes qui passaient  partie de la soirée dehors et incommodées par l’odeur.

 Personnages atypiques

La nature avait orné son visage d’un attribut nasal bien visible. Un jour, entrant au café Glacier et voyant peu de gens s’écrier « yo pas un nas » (il n’y a pas un nez), in petto on s’écria: Yo lou tiune (il y a le tien)! ce qui se termina par un rire généralisé.

Un joueur de belote avait un tic facail, jouant avec une personne de passage qui crut être l’objet de moqueries. Il s’insurgea et l’insulta, épisode qui fut mis à profit pour le surnommer « lou grimacier ».

Las pagat lou capel !

Cette expression moqueuse, plutôt ironique était employée à la vue, le Dimanche ou jour de fête ,d’un quidam quelconque affublé  ce jour là d’un chapeau, car seuls les riches arboraient tous les jours  de la semaine ce couvre-chef, quant aux autres ils en avaient un pour les Dimanches et jours de fête, les autres jours c’était la casquette  pour les hommes d’âge mur qui  était de rigueur.Parfois des jeunes hommes arrivaient  chapeautés le Dimanche, parcourant les allées  avec parfois une canne à la main , faisant l’admiration des gentes demoiselles  éblouies par cette élégance et cela d’autant plus qu’il s’agissait la plupart du temps  du célèbre canotier lancé par Maurice CHEVALIER, le chanteur préféré des Français dans les années d’après guerre.Il y avait un hic à  la portée de cet accessoire vestimentaire, il était coûteux et c’est ainsi qu’une astuce commerciale s’institua , les chapeliers louèrent des chapeaux à la journée, ce qui mettait  cet accessoire à la portée de beaucoup. Un Dimanche un groupe de jeunes filles virent arriver sur les Allées du Tivoli (Salengro) un nébiannais ( ou plutôt  un Miquelet) ,FULCRAND  pimpant , fiér comme l’on disait avec son canotier, des souliers vernis entourés de guêtre blanches du plus bel effet il souriait un peu naïvement à l’élue de son cœur , Madeleine,  lui demandant de ses  nouvelles en Français, oh pas en patois  qui était pourtant la langue usuelle dans les villages et à Nébian  en particulier, mais le proverbe patois  usité « Quand un malhur diù arriva, y anàn tout drech «  (quand un malheur doit arriver nous y allons tout droit) était de circonstance car son rival Clermontais Gaêtan lui dit à haute voix « LAS PAGAT LOU CAPEL » (L’a tu payé le chapeau ?) expression qui le désarçonna et le fit fuir sous les quolibets des autres demoiselles. En effet son rival l’avait aperçu  en descendant de la Frégére sortir de chez Mme VIDAL , la chapelière  qui lui révéla qu’effectivement elle avait loué, chapeau, guêtres et canne.  

1) Miquelet c’est le surnom donné aux habitants de Nébian et de St Félix de Lodez, il provient de la compagnie d’Hommes d’armes constitué par le Seigneur de Nébian, MIQUEL ,les hommes choisis venaient essentiellement de ces deux localités ,la particularité de ces gardes était la richesse de leur vestimentaire , magnifique ornementé d’un jabot de dentelle plissé  fixé au plastron sur un uniforme somptueux, c’est ainsi que l’on appela tous ces habitants de « MIQUELET «  et par dérivatif « SIOS CAMBIAT COUMA UN MIQUELET «  tu es changé (ou vêtu) comme un Miquelet.            

2) le languedocien ou Patois est resté jusqu’en 1945 environ la langue usuelle dans les villages, seul les chefs-lieux de canton privilégiaient le Français (nommé Le FRANCIMAN par dérision) car les nombreux  « étrangers » (c’est-à-dire  étrangers à la localité) y habitaient venus d’autres départements, soit en tant que fonctionnaires, cheminots, hospitaliers ,commerçants. Ce particularisme était si poussé  que dans les villages il y avait deux sortes d’heures,la vieille ou ancienne,  prenant en compte que l’heure du soleil ou la nouvelle (légale) qui au printemps avançait d’une heure, c’est ainsi qu’il y eut des rendez vous manqué faute d’avoir précisé la nature de l’heure. On poussait même cette révolte silencieuse en affichant l’heure vieille à l’Horloge Municipale.

Un maçon haut en couleur !

C’était un bien sympathique maçon clermontais , travailleur mais un peu rêveur, il montait une cloison dans une maison neuve  ; avec sa fougue habituelle  en chantonnant à tue-tête  Appréciant la qualité de son travail terminé, malheureusement entraîné par son zèle il constate alors qu’il avait oublié de prévoir la porte indispensable , angoissé il tape  sur sa cloison pour attirer un camarade en lui criant « soy enbarrat  , ; achuda mè « (je suis enfermé, aidez-moi !!   Inutile de dire  que l’incident fit les gorges chaudes.

Un Mari bien marri

Un peu coquin (Couqui) il s’en va faire sa cour  à une amie de son épouse (fenna)  qui accepte un rendez vous, cette dernière s’empresse de » cafarder » l’ épouse, lui indique l’heure et le lieu du rendez vous. L’épouse s’habille alors comme son amie et profitant de l’obscurité accueille le soupirant , bien marri » avec moult reproches et soufflets  et à qui toute sa vie fut rappelé son aventure.

 Jean de las Truffes

 Un Viticulteur avait été affublé de ce surnom (probablement pour une histoire de Pommes de terres) au point que rares    étaient ceux qui l’appelaient autrement. Un jour son épouse s’en va chez un négociant en vins  pour réclamer le paiement du vin vendu, ce dernier ne sachant comme l’appeler lui   dit « bien entendu Mme Jean de la Pomme de terre »

La Marseillaise de « Petitou » (tout petit)

 Il avait réussi l’exploit de faire chanter et parler un Merle en lui coupant  le frein (appendice)de sa langue . et bien entendu le faisait entendre à tout và. Or un républicain courroucé  le dénonça  et il fut bel et bien condamné  pour  s’être moqué de l’Hymne National.

Le lièvre argenté

 Jeannot (prononcez Chanot) fils de commerçant et préférant la chasse  au  travail, rencontre un braconnier à qui il achète un beau lièvre qu’il paie d’une pièce d’argent. Tout fier il arrive chez lui  en disant l’avoir tué.  Comme c’était la coutume on attendit un peu pour le manger à fin qu’il soit plus goûteux. Or le lendemain  voilà que le vendeur vient à la boutique  en disant qu’il avait été payé avec un pièce de fausse monnaie. On n’en dit rien à Jeannot et au repas  on servit le lièvre en civet, le père distribua les parts et Jeannot planta résolument ses dents qui rencontrèrent la fausse pièce qui y avait été glissée. Intrigué il  dit « mais c’est une pièce », le père avec tous les sien lui rétorquèrent en s’esclaffant, c’est peut être  le plomb avec lequel tu l’as tué.

 Le sommeilleux dérangé

 Cette histoire est contemporaine et la livrons telle qu’a elle été contée. Il dormait du sommeil du juste dans sa chambre au rez -de-chaussée, Il entend un tapotement sur une vitre .Et voit un quidam qui lui demande ou habite sa voisine, Il lui dit  « au premier étage » il accepte de le faire rentrer dans sa chambre et lui ouvre la porte d’accès à l’escalier. Il se rendort du sommeil du juste , mais quelques heures plus tard , on tape à sa porte , il l’ouvre et tombe nez-à nez  sur le même « Cazanova » qui lui dit « Je ne sais comment sortir, ne pourrais-tu pas m’ouvrir,  ce que fit illico, probablement pour retrouver son sommeil écourté  par un intrus vraiment « Sans Gêne »

  Lou Roc qué marca

Le « Rocher qui marque » en bon Français, il s’agit du Mont BAUDILE  (948 m) qui domine  sur le Causse et qui est   surplombé par les antennes  des relais de Télévision, De tout temps les Paysans  regardaient l’ombre portée  par son promontoire  qui leur donnait  à la façon d’un cadran solaire l’heure approximative, Or un jour une rencontre sportive  avait lieu sur le Stade Clermontais,, mais l’arbitre  tardait à siffler la fin de la partie, le public mécontent s’en vint « lui conter fleurette » mais  ce dernier s’écria, » ma montre était en panne ,j’ai levé la tête et grâce à l’ombre du « Roc que marqua » j’ai compris qu’il me fallait siffler la fin de la rencontre » inutile de vous dire que les rires et les remontrances fusèrent immédiatement.

 Lou Tinel (le tonneau)  

Il était rare de ne pas le rencontrer en fin de journée plus qu’imbibé (plein comme l’on disait) la démarche chancelante, le regard  éteint , mais un jour quelqu’un le lui fit la remarque il s’écria  «  Me vezes  can  aï biou, me dises parés can  aï  set »  (Vous me voyez quand j’ai bu, mais vous ne me dites rien quand j’ai soif )!

Las cartas de visita 

Mr Jules JULIAN, riche négociant, voulut offrir un souvenir à ses clients, et aux personnalités,il demande à son cocher de  l’aider, il monte dans le riche coupé tiré par un magnifique alezan,conduit par Anselme, son valet de pied, vêtu de sa plus belle cape,Haut de Forme,doigts gantés,lévite à boutons argentés  mais guère « Escarrabilhait (Eveillé) ;Jules JULIEN, lui dit va prendre  sur mon bureau  les cartes et chaque fois que nous nous arrêterons tu en donneras  une . A chaque arrêt il entrait dans la maison et donnait le cadeau, le patron confortablement installé dans son coupé, cochait sur une liste le nom de la personne visitée, après la trentième halte il s’écrie « Combien en reste-t’il ? Anselme lui répond  il n’en reste guère«  Dous (Deux )seulement l’As dé Piqua e lou rey de Carr » (l’As de Pique et le Roi de Carreau). Inutile de nous appesantir  sur la réaction du patron.

 On peut y ajouter les petites (ou vieilles) couturières qui venaient à domicile confectionner, coudre, raccommoder, le coiffeur ambulant, à vélo, qui allait dans les hameaux ou campagne isolées, même la cuisinière pour grand repas de famille, et elle ou celui qui aidait les familles à tuer, confectionner les salaisons après l’achat annuel du cochon «l’émpletta de porc» l’achat du Porc. C’était un vrai travail collectif mais aussi une réjouissance familiale, de voisinage ou de quartier, car les enfants « badaient » de leurs grands yeux ce spectacle insoli­te coloré et bruyant avec à la clé un repas copieux et excellent. On appelait cela «Faire la fatigue» mais l’on n’oubliait jamais le «Présent» une assiette contenant un assortiment de charcuteries que j’on offrait au Curé (Lou Ritou) le Maire, l’instituteur.

Souvenirs de Blaise Gallego, archives personnelles

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