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Clermont pendant la période révolutionnaire

 L’histoire de Clermont pendant la Révolution Française fut mouvementée. Voici dans cet article, un résumé de l’Histoire nationale et locale durant la période révolutionnaire : L’année 1788 fut marquée par l’augmentation très importante du prix du blé. Ceci était dû en partie aux mauvaises conditions climatiques qu’avait subi la France cette année là. Ce sera un des facteurs déclenchant de la Révolution Française. L’industrie drapière, importante à Clermont à cette époque fut ralentie à cause  de la fermeture du marché espagnol et de la concurrence britannique de plus en plus forte.

Une année historique : 1789

Dés le début de l’année 1789, les prémices de la Révolution commencèrent à se faire sentir dans toute la France y compris dans notre province. Le 9  février à Lodève eut lieu une assemblée du Tiers État avec la présence de beaucoup de clermontais (Mrs Pelletan, Salasc, Balp, Lugagne (industriels), Lauzières et Verny  représentaient le tiers état…). Cette assemblée demandait des réformes sur le mode de représentation aux États du Languedoc qui étaient sous la coupe du clergé. Le 13  février 1789, le clergé séculier (ecclésiastiques qui n’appartenaient pas à un ordre religieux) fut supprimé. La mauvaise récolte de l’été 1788 avait entraîné la cherté des grains qui occasionna en avril 1789 une émeute qui se termina par le pillage de trois magasins de blé (L’hiver 1788 avait été particulièrement rigoureux avec le gel des oliviers et la hausse de 20% du setier de blé. Le gel avait empêché les moulins de fonctionner.) Les consuls durent appeler une garnison pour faire cesser cette révolte et de plus, créer une garde bourgeoise. Le 5 mai 1789 à Versailles eut lieu l’ouverture des États Généraux. Monsieur Verny avocat, est nommé député du tiers État pour ses États Généraux. Le 17 juin, le tiers État se proclama en Assemblée Nationale et le 20 eut lieu le Serment du Jeu de Paume ou l’assemblée refusa de se séparer sans avoir élaboré une Constitution. L’assemblée  se déclara constituante le 9 juillet. Cette assemblée fut rejointe par la majorité du clergé et quelques nobles.

Les premières conséquences de la Révolution à Clermont :

 Lorsque la nouvelle de la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 arriva dans notre cité, la foule se manifesta avec rage et liesse. Les habitants se rendirent au château et détruisirent ce qui restait, ceci en symbole de leur libération de tant d’années de domination seigneuriale. Après le château, ce fut le tour de l’hôtel consulaire d’être incendié. Le 4 août, l’Assemblée Nationale abolit les privilèges seigneuriaux qui étaient encore en vigueur. A Clermont depuis la transaction de 1347, les privilèges des seigneurs avaient été réduits petit à petit par les Consuls et depuis le début du XVIII°, les Seigneurs et les droits seigneuriaux étaient quasi inexistants à Clermont. Il faut noter que le dernier propriétaire de la seigneurie de Clermont était la marquise de Poulpry (fille de Guillaume Castanié d’Auriac) qui ne vécut jamais dans son fief. Le château était abandonné depuis déjà bien longtemps.  Le 26 août marqua la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Les consuls en place en 1789  (Messieurs Delpon, maire, Sabatier et Cavaillé consuls) démissionnèrent en septembre et une nouvelle administration provisoire fut mise en place. Messieurs, Verny (maire, député aux État Généraux pour le tiers État), Baumier et Julien (consuls) firent partis de cette nouvelle administration municipale. On demanda des comptes à l’ancienne administration consulaire concernant la gestion de la commune. La loi martiale dut être proclamée à plusieurs reprises. Les boulangers organisèrent une coalition contre la taxe du pain. Des prières publiques furent organisées pour les troubles du royaume. En novembre 1789, une loi mit les biens du clergé à la disposition de la nation et en  décembre, on fit l’inventaire des biens des églises  de la ville. La ville fut obligée d’emprunter de l’argent à l’Oeuvre des Orphelines pour les dépenses communales. L’assemblée nationale constituante attribua à notre ville son nom définitif de Clermont l’Hérault au lieu de Clermont de Lodève et créa 83 départements en remplacement des provinces.

Le couvent des Dominicains :

Depuis les années 1750, le monastère des Dominicains avait perdu de sa splendeur et il ne formait plus de novices à la religion. Les moines décédés n’étaient pas remplacés. En 1789 seule la confrérie du Tiers Ordre de Saint Dominique était encore présente dans le couvent. Elle était présidée pour les sœurs par Melle Flottes qui était une fille de riches bourgeois de la ville. Les frères prêcheurs n’étaient plus que trois, le père Combes, prieur et deux religieux portant le nom de Père Fabre. Il y avait un frère convers qui s’occupait des travaux domestiques.

La Constitution Civile du Clergé : le serment civique

En 1790, on amnistia les émeutes d’avril 1789. Un régiment arriva du Médoc en janvier. En février eut lieu la confirmation de l’administration municipale en place (Messieurs De Lauzières, Baumier, Balp et Verny avec le titre d’officiers municipaux)  Il y eut encore des troubles qui nécessitèrent l’emploi de la force armée pour les réprimer. Le 7 février, la ville fixa au fermier chargé de l’entretien de l’église Saint Paul, les conditions de son contrat : « nettoyage des vitraux, des colonnes … Il devra balayer l’église chaque troisième  dimanche du mois et la veille des 4 grandes fêtes. Il entretiendra les 1050 chaises. » Les couvents furent abolis. En avril, eurent lieu des banquets patriotiques. Le pain fut vendu à prix réduit. On créa une réserve appelé « Grenier des subsistances » (église Saint Paul). Le 9 juillet 1790, aliénation des biens nationaux. Monsieur Mestre de Montpellier fut chargé de chiffrer les redevances en argent des biens du diocèse devenus nationaux. Le 12 juillet la Constitution Civile du clergé fut adoptée. Cette constitution marqua une rupture décisive dans le clergé. Elle ordonnait la séparation de l’église avec le Pape et la renonciation totale à tout recours au Vatican pour quelconque affaire. La religion devenait « civile » et « propriété » du peuple français. Il y avait deux parties dans l’Église : les fidèles à la nation qui prêtèrent le Serment Civique (voir ci-dessous) et les prêtres réfractaires qui restèrent fidèles au Pape. Cette Constitution imposait un seul évêque par département, des assemblées électorales élisaient les curés et les évêques de chaque département. La Constitution demandait aux prêtres de se séparer du pape au profit du chef de la nation. Celle-ci ne faisait pas toujours l’unanimité auprès du clergé mais la plupart des prêtres s’y soumirent de peur d’être persécutés. Le 14 juillet, fête de la Fédération et manifestations, la garde nationale fut appelée pour maintenir l’ordre qui fut plusieurs fois menacé cette année là. La monnaie à cette époque était « les Assignats » (billets gagés ou assignés  émis entre 1789 et 1796, et remboursables uniquement sur les produits de la vente des biens nationalisés par l’État). En novembre, l’administration municipale fit dissoudre une société hostile à la Révolution. Un état général des biens du clergé va être dressé dans tous le pays avec un inventaire précis des différentes églises, abbayes, couvents … et de tout le mobilier religieux.  Le 27 novembre, les membres du clergé furent obligés de prêter un serment de fidélité à la nation, c’est ce que l’on appelait « le Serment Civique ». La plupart du clergé était acquis à la Révolution mais ce serment  provoquera un schisme et une chasse au clergé contre révolutionnaire qui ne reconnaissait que l’autorité du pape. Le Serment Civique fut imposé aux fonctionnaires de la nation (27 novembre 1790), puis au clergé (3 janvier 1791). Il y aura d’autres serments que les prêtres devront prêter durant toute la période Révolutionnaire. (voir notes). Le diocèse de Lodève comptait 76 prêtres dont 26 étaient réfractaires au Serment du 27 novembre 1790. Les autres prêtres avaient prêtés ce serment ainsi que tous les autres imposés par la Convention Nationale. A Montpellier, il y avait 141 prêtres réfractaires sur un total de 178, à Béziers 115 sur 178.

La vente des biens des églises :

En décembre 1790, les biens des trois couvents et du clergé de la ville furent mis en vente ou déclarés comme biens nationaux. La ville acheta certains biens déclarés nationaux pour une somme de 59660 livres. L’ancien hôtel de ville fut vendu pour 1900 livres et l’Hôtel Dieu pour 4300 livres que l’on transforma en caserne de gendarmes, tribunal de commerce et maison commune.

L’église des Dominicains (suite) :

 Le décret  de  1790 abolissant les Ordres religieux ne toucha pas les Dominicains qui étaient déjà en nombre restreint. Dés le 10 décembre 1790, l’église commença à servir de lieu de réunion pour les assemblées primaires où se réunissaient les citoyens actifs qui exerçaient leur droit de vote. On procéda d’abord à l’élection des deux juges de paix de Clermont et à l’élection des juges des cantons voisins. Ces élections ne se déroulaient jamais dans les règles démocratiques et dans la sérénité imposée par le lieu. Elles furent souvent annulées. Parfois, les urnes étaient confiées aux frères Dominicains restés sur place en signe de confiance.

Les « clubs » révolutionnaires :

 Le 21 décembre 1790 se créa le club des « Amis de la Constitution » (première société populaire) plus tard « club des Jacobins ». Ses statuts furent proclamés à l’église des Dominicains le 25 décembre 1790  ou ce club se réunissait.

La fin du statut prédominant  de l’Église catholique :

Le premier janvier 1791 vit l’abolition des dîmes (prélèvement d’un dixième sur les récoltes, au profit de l’Église). Le 6, le tribunal de commerce fut établi. L’église Saint Paul sera réparée et la municipalité tenta d’acquérir le couvent des Dominicains pour y établir l’orphelinat de Mr Ronzier. (voir notes). Début 1791, on expertisa les biens de l’église (Monsieur Balp de Clermont). Les ventes publiques se firent grâce à un autres clermontais, monsieur F.Desalasc, procureur syndic du district de Lodève (sous préfet d’aujourd’hui). La vente eut lieu devant une commission d’élus locaux (directoire du district) et d’acheteurs potentiels.

Un début d’année mouvementée :

Le 6 janvier, des musiciens se disputèrent une grosse caisse à coups de poings, de sabre et d’épées. La municipalité du proclamer la loi martiale. Une troupe militaire intervint et il fut prescrit d’arborer un drapeau rouge en permanence à l’une des fenêtres de la Mairie. Après trois sommations, les troupes avaient le droit de faire feu !

Le couvent des Dominicains :

 Le 28 janvier 1791, une vigne appartenant aux Dominicains fut vendue au potier Antoine Conte, le 12 mars, le moulin en bordure du Rhonel fut cédé à monsieur Rouquet et le jardin à monsieur Martin pour 7100 livres etc… Il restait cependant le monastère avec le clocher, la sacristie, ses cours, son cloître, son petit jardin, son verger, son écurie,  son moulin à huile, sa tannerie et le réservoir. La superficie totale était de  1250 m² pour les bâtiments et plus d’un hectare et demi pour les terres. Tous ces biens furent vendus le 19 octobre 1791 à monsieur J.André Baumes pour une somme totale de  47500 livres. L’église n’était pas à vendre. Les cloches et les objets en argent, laiton, cuivre, bronze seront fondus à l’hôtel de la monnaie de Montpellier. Les archives de la bibliothèque ont en grande partie disparue. Parmi les confréries religieuses, les Dominicains étaient nombreux à avoir prêté le Serment civique. Les Dominicains encore présents en 1791, durent quitter Clermont, ils retournèrent dans leurs villages natals des environs de Clermont.

Le curé Grégoire Pons

 Des discussions eurent lieu dans le clergé local sur la légitimité du Serment civique imposé au clergé le 3 janvier 1791. On sollicita le prieur Pons (curé de Clermont) de  prêter ce serment, ce qu’il fit en ignorant la condamnation qu’en avait fait le Vatican. (1) Il se trouva en position de schisme avec le Saint Siège. Grégoire Pons, curé de Clermont de 1767 à 1806 prêta le Serment Civique en 1791 puis se rétracta, revint sur sa décision et se rétracta à nouveau. Il déposa ensuite ses lettres de prêtrises en juin 1794, adhéra au Concordat en 1801, fit une pénitence publique et redevint prêtre de Clermont jusqu’à sa mort en 1806.

Le rôle des prêtres pendant la période révolutionnaire :

 Le premier mars fut publiée la lettre pastorale de l’évêque Constitutionnel Pouderoux élu à Béziers.  Le 26 avril 1791 eut lieu à l’église Saint Paul un discours officiel par Pierre Bois, curé de Puéchabon et ancien Dominicain. Il était membre du club des « Amis de la Constitution » de Clermont, Lodève et Pézenas qui réunissait les partisans les plus ardents du nouveau régime. Il parla en présence des instances dirigeantes de la commune et du Diocèse. 1800 auditeurs prêtèrent le Serment Civique.  Pour la fête nationale, le prieur Pons prononça son premier discours de jureur. Les prêtres qui prêtaient le « Serment civique » recevaient une  rémunération importante, ce qui n’était pas le cas des prêtres non jureurs. L’installation des prêtres jureurs sema le trouble dans certaines villes et villages qui étaient hostiles à ceux-ci. Les femmes étaient les premières à s’opposer à ces prêtres jureurs qu’elles considéraient comme des traîtres vis à vis de l’église catholique. Certains prêtres qui n’avaient pas prêtés le serment civique et qui étaient menacés, s’enfuyaient en Espagne ou s’exilèrent en Italie (au total pendant la période révolutionnaire, 210 prêtres héraultais quittèrent le sol de la nation). Beaucoup d’églises se retrouvèrent donc sans culte notamment dans les petits villages (Campagnan,  Celles, Jonquières, Lagamas, Puilacher…) Les prêtres clermontais se regroupèrent en une petite communauté à l’instar des  corps de chanoines qui se trouvaient dans les collégiales (d’où l’erreur faite entre église et collégiale Saint Paul). Face à ce serment, les religieux avaient des sentiments partagés, certains étaient pour la Révolution en souhaitant des changements, d’autres restaient attachés à leurs privilèges. Certains prêtres rendirent leur titre pour  redevenir des civils. Ce fut le cas de François de Laussel, prêtre et professeur à Gignac qui épousa une ancienne religieuse et qui dirigera sous l’Empire le collège de Clermont. Au niveau de la population, ces prêtres étaient mal vus, on les surnommait « les capelan descapélanat » (les prêtres défroqués !) La population était acquise à la cause révolutionnaire mais le clergé était tout de même respecté par la plupart des gens  sauf rares exceptions. Des assemblées primaires en septembre en vu des élections législatives semèrent une grande agitation et des troubles. Les biens du clergé se vendaient mal. Des particuliers en achetèrent une partie. L’église des Bénédictines de Gorjan fut vendue et se transforma en simple magasin. Le 3 septembre, la Constitution est adoptée et le roi Louis XVI est contraint de prêter serment à la Constitution et devint « roi des français »

La France entre dans une nouvelle ère politique : la République

En 1792, les églises des couvents et des Dominicains furent fermées ou livrées aux réunions publiques. Le 10 janvier, un arrêt du Directoire de l’Hérault ordonnait la fermeture de toutes les églises. L’église Saint Paul resta ouverte (exception dans la région). En juin, eut lieu une levée de volontaires pour l’armée de la première République. La déchéance du roi fut proclamée le 10 août. Les signes de la monarchie furent enlevés de tous les édifices. Des assemblées pour les élections de la Convention Nationale (1792-1795) eurent lieu en septembre. La royauté fut abolie le 21 septembre et la République proclamée le 22. Des « clubs » révolutionnèrent se formèrent et semèrent le trouble. Les cloches des églises furent descendues et envoyées à la fonte pour la monnaie. Il n’en fut conservé que deux (clocher et horloge de Saint Paul). Le prix du pain augmenta, la misère était extrême. Le culte catholique était toujours présent  dans l’église Saint Paul grâce au prieur Pons qui avait prêté le Serment (1) Les catholiques fidèles tinrent des réunions secrètes pour ne pas prendre part au schisme constitutionnel. Le 8 novembre, les registres de l’État Civil furent retirés à la paroisse.

La liesse fait place à la « Terreur » :

Suite au guillotinage de Louis XVI le 21 janvier 1793, Clermont connut de nouveaux troubles au nom de la Révolution française. On commença à dresser des catégories de suspects et à délivrer des certificats de « civisme ». En avril eut lieu une nouvelle levée d’hommes et des réquisitions pour la guerre d’Espagne (voir notes). Les « clubs » prononcèrent les épurations. En mai le culte religieux fut aboli. En juin, la « Terreur » fut proclamée, panique chez les clermontais. Les « clubs » gouvernaient et tyrannisaient les habitants s’ils n’étaient pas d’accord avec eux. Le culte de la Raison fut instauré mais ce fut le plus souvent qu’un culte administratif.

L’église Saint Paul convertit en « Temple de la Raison »

En septembre l’église Saint Paul fut convertie en « Temple de la Raison ». On y tenait des réunions et on y célébrait des fêtes patriotiques. On posa sur la porte de l’église l’inscription suivante « Le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et de l’immortalité de l’âme ». Devant l’autel se trouvait une « pyramide de la Liberté » qui était une colonne surmontée d’une statue de la Raison. Tous les décadis (voir notes), les fidèles se réunissaient dans ce « Temple ». La Société Républicaine Populaire de Clermont organisait les différentes cérémonies pour ce « Temple ». Elle engageait des musiciens et des orateurs pour faire l’instruction publique. Les instituteurs avaient obligation d’amener leurs élèves. Les fervents catholiques s’opposèrent à ce nouveau culte. Le calendrier grégorien fut supprimé le 24 octobre 1793 au profit du calendrier républicain qui sera appliqué jusqu’en 1806. (Voir notes). En 1793, en plus du club des Jacobins qui continuait à se réunir dans l’église des Dominicains, un autre organisme révolutionnaire « le comité de surveillance » occupa l’ancienne sacristie. Les membres de ce comité se désignaient comme « de vrais montagnards et sans culottes ». Ils veillaient sur le conformisme des pouvoirs publics et des citoyens. Ils procédaient à des arrestations des opposants à la Révolution (7 en 1793). Mais après la chute de Robespierre en 1794, le comité sera dissout.

La naissance d’un nouveau culte : l’Être Suprême :

Le 7 mai 1794 à la demande de Robespierre, la Convention Nationale proclama l’existence de l’Être Suprême et de l’immortalité de l’âme que l’on fêta le 8 juin et ensuite pour le 14 juillet. Une liste de prêtres réfractaires émigrés ou déportés qui comportait 354 noms  dont 39 noms de religieux du diocèse de Lodève avait été établie, car ces prêtres qui avaient rétractés leur serment étaient persécutés. 10 prêtres non jureurs du département furent guillotinés d’autres torturés, assassinés. Ceux qui restaient, étaient en danger de mort. Le curé Pons fut emprisonné à Montpellier. L’église des Dominicains abritait un atelier de salpètre qui servait à la fabrication des poudres et explosifs pour les armées de la République. Cet atelier était contrôlé par 3 commissaires de la ville (Messieurs Villaret, Balp et Boissier). Ils veillaient à son bon fonctionnement. Monsieur Boisset, représentant départemental de la lutte anti-cléricale prononça un discours (voir notes) qui resta dans les annales révolutionnaires.

Une tentative de retour à la monarchie :

En  juillet 1794, le parti royaliste de Clermont essaya de se relever et d’imposer ses idées à la population mais des « clubs » révolutionnaires de plus en plus menaçants s’organisèrent pour s’opposer au parti royaliste. Les prêtres, les nobles et les riches étaient toujours et encore poursuivis. Ils se cachaient ou s’expatriaient. Une vive résistance de la part de presque tout les clermontais s’organisa sous le nom de « Vendée ». Cette résistance déclara une guerre ouverte au parti monarchique local. Le peuple en avait assez d’être dirigé par des despotes et il voulait profiter de cette nouvelle liberté. Il y eut beaucoup d’arrestations (notamment les membres du clergé), les prisons se remplirent, des exécutions sommaires se produisirent, c’est ce que l’on appelait « la Grande Terreur ». La chute de Robespierre ramena un peu de calme et de sécurité. Les prisons furent ouvertes et on libéra les « suspects » incarcérés.

Le culte révolutionnaire perd de la vigueur, révolte des habitants. Le Directoire

            En 1795, les Révolutionnaires perdirent de leur audace et un parti se dressa contre eux et les tint en respect. Le 21 février 1795, une loi proclama la liberté du culte religieux De nouvelles levées d’hommes eurent lieu en juin et la paix fut signée avec l’Espagne en juillet. Les conscrits refusèrent de s’engager pour l’armée et ils eurent le soutien de toute la population.

Une historiette à l’église Saint Paul :

            Le 17 mai dans l’église Saint Paul, un employé municipal et un maçon vinrent chercher quelques planches de bois. Plusieurs personnes s’introduirent dans l’église à leur insu, renversèrent la colonne de la « Raison » présente devant l’autel et tentèrent de s’enfuir avec elle. Alerté par l’employé municipal, un policier arriva et dissuada les voleurs de leur larcin. Le 28 août, la Société Républicaine Populaire de Clermont sera dissoute et l’argent restant de cette société fut reversé pour rénover l’église Saint Paul, ce qui était paradoxal !

 Le Directoire sera proclamé en octobre après la dissolution de la Convention Nationale. Les « clubs » seront dissous en août, la liberté de culte est proclamée en octobre mais elle durera peu.

Une émeute ensanglante Clermont :

De nouvelles élections eurent lieu en novembre, les prêtres et les aristocrates  seront à nouveau  persécutés. On planta à nouveau un arbre de la Liberté. Les assignats ont perdu de leur valeur. L’argent était rare et la misère grande. Des brigades de gendarmes vinrent à Clermont pour y rétablir l’ordre, en vain. Les gendarmes furent menacés et le 31 décembre 1795 la foule manifesta à l’hôtel de ville. De peur de nouvelles émeutes, la municipalité prépara des armes en cas d’attaque. Apprenant cela, la foule fera de même et assiégera l’hôtel de ville entre 20 et 21 heures. Des pierres, des pavés furent lancés et  des coups de fusils furent tirés contre l’hôtel de ville. Un conscrit hasardeux pénétra dans l’hôtel de ville mais fut aperçu par un garde qui lui lança un vigoureux « Qui vive ! ». Le conscrit démasqué fut tué par le garde. Le corps sans vie du conscrit tombera au milieu de la foule en émoi. Le lendemain après les funérailles de la victime, la foule se rua à nouveau à l’hôtel de ville qu’elle saccagera. On menacera de tuer  les représentants municipaux  qui  eurent le temps de s’échapper par les toits. Les tribunaux furent saisis de cette affaire sanglante et des condamnations à mort et des emprisonnements furent prononcés. Ceci ne calma pas la foule qui s’emporta une nouvelle fois. La guerre civile en sommeil, éclata.

Les prêtres réfractaires continuaient à exercer le culte, souvent cachés dans les bois ou les chapelles isolées autour des villes et villages mais ils exerçaient aussi souvent publiquement dans le Lodévois. A partir de cette année là les confréries renaissaient. L’évêque constitutionnel de l’Hérault, M Rouanet était à la tête de 164 prêtres jureurs (moins nombreux que les prêtres réfractaires).

            Le 21 janvier 1796 eut lieu une fête pour célébrer la mort de Louis XVI en 1793. On vendit le mobilier des églises. Il y avait des fêtes civiques mensuelles. On fit des emprunts forcés, on taxa les riches, on réquisitionna des hommes, des chevaux pour l’armée. Napoléon était en campagne en Italie. Le coup d’État avorté des « clubs » de septembre 1796 entraîna la « seconde Terreur »

Les dernières années de la Révolution :

 Un commissaire de police assassiné à Clermont :

En mai 1797, il y eu des réactions contre révolutionnaires. Un attroupement se forma prés de la halle au blé (place du radical). Une rixe avait éclaté entre des partisans royalistes et révolutionnaires. Le commissaire de police, Monsieur Hérail tenta de calmer des esprits mais ce sera peine perdue. Le commissaire sera pris à parti et sera assassiné. Le présumé coupable fut arrêté et emprisonné.

La fin des troubles révolutionnaires : le retour du culte catholique

 En août, le prieur Pons rétracta son serment. L’évêque Pouderoux lui écrivit pour lui reprocher son geste. En septembre un serment de «  Haine à la royauté » est prêté par Pons et d’autres ecclésiastiques. Le 4 novembre 1797, une nouvelle administration républicaine fut mise en place avec Messieurs Maistre, Saumade, Ferrieur, Singla et Buisson. Ce fut la fin des troubles révolutionnaires dans notre cité. En décembre on planta à nouveau un arbre de la Liberté. La ville fut condamnée par le tribunal de Montpellier à des dommages et intérêts pour la veuve du commissaire de police, Hérail. Certains prêtres réfractaires commencèrent à être soutenus par la population. Les dernières années du Directoire  connurent des troubles dans tout le pays. Les symboles de la République étaient bafoués. On abattait des arbres de la Liberté, les républicains étaient insultés, les prisonniers relâchés, les prêtres non jureurs n’étaient plus arrêtés ni recherchés, les exilés revinrent, les signes du catholicisme étaient remis et les églises restaurées. Le peuple voulait renouer avec la tradition religieuse, ils en avaient assez des troubles occasionnés par la Révolution et souhaitaient un retour au calme.

Le couvent des dominicains (fin) :

 Monsieur Jacques André Baumes avait en fait acheté le couvent des Dominicains au nom de la municipalité qui devint le propriétaire. Un orphelinat s’y installa en en 1797, Monsieur Isaac Verny y fonda une école et un pensionnat.

1798 connut encore quelques troubles avec des manifestations contre révolutionnaire. Il y eut aussi plusieurs fêtes civiques durant toute l’année. Prêtant les serments, les prêtres jureurs profitèrent de chaque accalmie politique pour reprendre l’exercice du culte public. Le 8 mai 1798, ils tinrent un synode à Béziers. L’évêque Pouderous mourut en 1799 et fut remplacé par l’évêque Rouanet qui mourra la même année. Beaucoup de prêtres jureurs rétractèrent leur serment lors des périodes de calme politique. Les prêtres réfractaires dés 1796 avaient une influence importante dans certaines parties du département.

Le Consulat :

Les rassemblements contre révolutionnaires et les fêtes civiques se poursuivirent en 1799. Des rixes éclatèrent en juillet entre royalistes et républicains. En novembre, on appris le coup d’Etat du 9 novembre 1799 qui renversa le Directoire au profit du Consulat. Le 28 décembre, le gouvernement imposa un nouveau serment de fidélité à la Constitution. Le serment du 18 brumaire était controversé mais certains réfractaires adoptèrent ce serment qui reconnaissait la religion catholique. L’église constitutionnelle suite à ce serment fit observer à ces évêques de nouvelles règles en rapport avec la situation politique comme par exemple les limites du pouvoir pontifical et l’obéissance à la loi et fidélité à la patrie. Ces règles ne faisaient pas l’unanimité au sein du clergé.

L’après Révolution :

Suite à la Révolution vint la période Napoléonienne avec le Consulat qui dura de 1799 à 1804  avec au pouvoir Napoléon Bonaparte, Premier consul qui deviendra empereur en 1804. Une nouvelle ère pour la France s’ouvrait. En mars 1800, le culte fut autorisé pour les prêtres qui jurèrent soumission à la Constitution. Le 15 juillet 1801 le Concordat  fut conclu entre le Premier consul Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII afin de faciliter les relations entre l’Église et l’État français. Le Concordat de 1801 rétablit le statut du catholicisme en France en abrogeant la Constitution civile du clergé qui avait un esprit révolutionnaire. Il a ainsi réglé les relations entre le Vatican et la France pendant un siècle, jusqu’à l’adoption de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Le 8 juin 1802, la loi sur la restauration du culte catholique fut publiée ce qui occasionna une grande fête à Clermont avec un tour de ville en musique avant de rejoindre l’église pour un Te Deum solennel. Les premiers évêques concordataires furent nommés dés le printemps 1802 et à Montpellier l’évêque Rollet  fut nommé en octobre. Il avait pour mission de réconcilier les prêtres jureurs et réfractaires avec la population et de remettre de l’ordre dans le culte catholique de la région. Il instaura un règlement en 45 points pour les nouveaux curés et leurs façons d’exercer le culte. Ceci ne fut pas facile pour Rollet qui connu des difficultés.

L’ancien Collège rue Victor Hugo :

L’église des Dominicains devint municipale. Le couvent va devenir un établissement d’enseignement secondaire. Un décret du 30 octobre 1803 signée de Napoléon I, premier consul, instaure ce « collège » qui le restera pendant 150 ans et qui aujourd’hui, est devenu un lycée d’enseignement général. Des changements eurent lieu pour accueillir le collège. Le cloître disparu et le couvent furent réaménagés en salle de cours et agrandi (rue Victor Hugo). L’église des Dominicains en 1808 accueillit une confrérie de Pénitents blancs ainsi que le culte paroissial pendant 4 ans durant les travaux de Saint Paul. La confrérie disparu à la fin du XIX°siècle détruisant la vocation première de l’église.

Rappels historiques :

1774-1792 : Règne de Louis XVI, 1792-1795 : Convention Nationale, 1795-1799 : Directoire, 1799-1804 : Le Consulat, 1804-1815 : Premier Empire

L’assemblée nationale constituante permit à la France de passer de la monarchie à la république. Elle vota l’abolition des privilèges et des droits féodaux ( 4 août 1789), la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (26 août), la nationalisation des biens du clergé (2 novembre), la départementalisation (15 janvier 1790), le rattachement du Comtat venaissin (proche d’Avignon) et des principautés d’Alsace (juin et octobre 1790), l’adoption du drapeau tricolore (21 octobre 1790), les lois d’Allarde (2 mars 1791) et Le Chapelier (14 juin 1791) supprimant les corporations et interdisant les coalitions..

D’autres mesures furent éphémères : le titre de « roi des Français » accordé au souverain, la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790), le serment civique imposé aux fonctionnaires de la nation (27 novembre 1790), puis au clergé (3 janvier 1791). La Déclaration des droits de l’homme est le préambule du texte constitutionnel : elle garantit aux citoyens le respect des droits fondamentaux, la liberté, l’égalité, la sûreté des biens et la résistance à l’oppression. Le pouvoir législatif appartient à une Assemblée qui contrôle un gouvernement de six ministres. Le roi, dont dépend la sanction des lois, dispose d’un pouvoir réel. L’élection des juges et des maires par les  citoyens  assure la garantie de la séparation des pouvoirs

NOTES

1) Furent déportés ou reclus 354 prêtres dans l’Hérault dont  39 du diocèse de Lodève. Le cas de Grégoire PONS, curé de Clermont de 1767 à 1806 est probablement un des rares cas de prêtre jureur, puis rétracteur, à nouveau jureur, ayant exercé son sacerdoce sans interruption. Furent déportés à Aspiran les prêtres Chalon, Cabassut et Daumas. A Nébian, Couderc, a Ceyras Fabre et Lavit

2) Barthélemy Ronzier Joly, fils de Raymond Ronzier Joly et de Antoinette Flottes fit fortune comme négociant de café à Bordeaux et il fera des exportations de plants de café, cacao à la Grenade. En 1763, il légua une forte somme pour créer un orphelinat à Clermont .Il sera député de l’Hérault jusqu’à la Révolution.

3) Le calendrier républicain avait  des semaines de  10 jours (décades) et uniquement trois repos par mois, le dimanche n’étant plus considéré comme le jour du seigneur. Il débutait à l’équinoxe d’automne (22 ou 23 septembre), l’année était divisée en douze mois de trente jours, eux-mêmes divisés en trois périodes de dix jours, les décades. Le nom des jours correspondait à leur chiffre dans l’ordre de numérotation : primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, décadi. Le dernier jour de chaque décade correspondait à un jour de repos. Les cinq ou six jours en plus qui restaient à la fin de l’année (du 15 au 20 septembre environ) étaient consacrés à la célébration des fêtes républicaines. La première année du nouveau calendrier fut appelée an I, la seconde an II, etc. Trois mois furent attribués à chaque saison ; les mois d’automne se nommaient vendémiaire (« mois des Vendanges »), brumaire (« mois des Brumes ») et frimaire (« mois des Frimas ») ; les mois d’hiver, nivôse (« mois des Neiges »), pluviôse (« mois des Pluies ») et ventôse (« mois des Vents ») ; les mois de printemps, germinal (« mois de la Germination »), floréal (« mois des Fleurs ») et prairial (« mois des Prairies ») ; et les mois d’été, messidor (« mois des Moissons »), thermidor (« mois de la Chaleur et des Bains ») et fructidor (« mois des Fruits »). Le calendrier républicain fut aboli par Napoléon le 1er janvier 1806.

4) Les différents serments : août 1792 : serment de liberté et égalité, mars 1795 déclaration de soumissions aux lois, septembre 1795 : déclaration qui reconnaît comme souverain « l’universalité des citoyens français » septembre 1797 : serment de la haine à la royauté et à l’anarchie. etc

5) Discours de M Boisset en 1794 qui était anti-clérical : « Républicains, l’église pour établir son infernal empire, avait paré les jours des noms de soi-disant martyrs et de Saints. Le fanatisme a trop longtemps consacré cette erreur (…) La Raison proscrit ces noms avilissants (…) Patriotes (…) portez ces anciens calendriers à la Société populaire de votre commune. Sociétés populaires, livrez-les aux flammes. Citoyennes, vous dans l’âme desquelles le fanatisme tenta d’inoculer ces fureurs (…) portez, au lieu de croix ,les images de la félicité des hommes, la Déesse de la liberté (…), la pique et le bonnet (…) Et vous, Républicains qui (…) ne travaillez pas les jours que l’Ancien Régime consacrait au repos et à fêter les vieilles idoles du christianisme, songez que ces jours de l’erreur ne sont plus (…) ne déifiez plus les dimanches et les fêtes ; et songez que ceux qui ne travaillent pas ces jours-la sont suspects à la patrie (…) »

6) Charles IV (d’Espagne) (1748-1819), roi d’Espagne de 1788 à 1808.

 Charles IV ayant pris le parti du feu Louis XVI de France, la politique des deux rois aboutit à la guerre contre la France révolutionnaire entre 1793 et 1795. Au terme du conflit, l’Espagne se vit obligée de céder la Louisiane (Amérique) aux Français.

Sources :

Abbé Durand : « Annales de la ville de Clermont l’Hérault » 1867 ed Felix Seguin

Cholvy : « La Révolution Française dans le Diocèse de l’Hérault »

Paul Taurand : « L’église Saint Paul de Clermont, huit siècles d’histoire ». Bulletin du Grec n°129-132 deuxièmes semestres 2005

Chanoine Saurel : Histoire religieuse du département de l’Hérault pendant la Révolution

« Le Troubadour »  journal local paru en 1921 et 1922

ABBE DURAND 1837, « Histoire de la ville de Clermont l’Hérault » éditions lacour 2002

Fleury Geniez  « Histoire politique et économique de la ville de Clermont l’Hérault » 1885

Collectif : « Un diocèse languedocien : Lodève Saint Fulcran » 1975

 textes et photos. P. Hernandez copyright 2007 www.clermontlherault.net

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